24èmes JOURNÉES SCIENTIFIQUES

24èmes JOURNÉES SCIENTIFIQUES du 16  au 19 décembre 2020

THÈME : Gestion de conflits et aide « humanitaire » en Afrique : stratégie impérialiste ou élan de solidarité ?

Argumentaire

L’histoire de l’humanité est jalonnée de conflits, les uns plus dévastateurs et meurtriers que les autres. Là où les hommes vivent ensemble, là aussi naissent les conflits de toutes sortes. Toute société, dirait-on, est toujours et déjà  conflictuelle[1]. La réflexion sur la gestion des conflits et de l’aide humanitaire nous place devant deux évidences : la première, un monde humain sans conflit est inconcevable ; et la seconde, l’’assistance humanitaire  est le spécifique de l’homme, car elle est fondée sur le respect et la dignité de la personne.

S’il est aisé de constater le caractère universel de l’affrontement comme une donnée de la nature, il y a également plausible que la permanence du conflit dans le monde humain n’est pas toujours historiquement et humainement souhaitable. Gérer les conflits, c’est-à-dire les prévenir, les contrer, les résoudre est une tâche, un devoir pour l’homme, en tout temps et en tout lieu. Aussi, le spectacle de violences insoutenables que nous offre aujourd’hui la scène internationale laisse perplexe quant à l’avenir de l’humanité en général et celui de l’Afrique en particulier. Les actions militaires américaines en Irak contre l’Iran, les prises de position militaire de la Russie en Syrie, etc., et plus près de nous la crise libyenne, la montée de l’extrémisme et du terrorisme au Nigeria, au Mali, en Somalie, au Soudan, au Burkina-Faso, au Cameroun,  en République Démocratique du Congo (tueries de Beni, Butembo, Ituri à l’Est et de Yumbi à l’Ouest) sans oublier la xénophobie en Afrique du Sud illustrent bien le climat  d’insécurité d’un monde entrainant l’autodestruction.

L’Afrique est malheureusement le théâtre de plusieurs crises dues aux conflits intercommunautaires, aux conflits armés nationaux, régionaux et internationaux. Quels qu’ils soient, ces conflits provoquent  les dégâts énormes.  Ce qui nécessite dans l’immédiat de l’aide humanitaire, sans pour autant renoncer à la résolution des conflits pour garantir à long terme la dignité des bénéficiaires.

Dès lors des hommes et des femmes se dépensent énormément pour mettre un terme aux différents conflits et privilégier le vivre ensemble harmonieux. Le combat pour un monde de paix et de progrès est l’affaire  de tous et de chacun, car il y va de notre épanouissement individuel, interpersonnel et collectif. C’est ainsi qu’est né le droit d’ingérence humanitaire autorisant les Organisations non-gouvernementales d’agir dans un but humanitaire[2]. En observant la cartographie des conflits en Afrique ou ailleurs, on a la vive l’impression que les pyromanes se muent en sapeurs-pompiers afin de protéger les intérêts des puissances mondiales et des multinationales.

Quels sont les lieux apparents et latents où se fomentent les conflits en Afrique ? Y a-t-il vraiment de l’aide humanitaire là où se conjuguent vente d’armes aux bourreaux et massacres, tueries des populations non armées pour accéder aux exploitations des minerais et d’autres richesses ? Comment les Africains peuvent-ils parvenir à créer des institutions humanitaires nationales appuyées sur les plans financiers et logistiques par leurs propres gouvernements ? L’action humanitaire n’est-elle pas une nouvelle forme d’impérialisme profitant de la compassion des opinions publiques et de la manipulation de certains médias ? La manière de donner n’est-elle pas parfois plus importante que le don lui-même ?

Ainsi, l’université Saint Augustin de Kinshasa, fidèle à sa mission d’éveilleur des consciences entend, cette fois, cogiter sur le lien existant entre la gestion des conflits et l’aide humanitaire en Afrique dans une optique interdisciplinaire[3].

Les différentes interventions seront approfondies dans les trois ateliers suivants :

  1. Prévention et émergence des conflits en Afrique
  2. Gestion et résolution des conflits en Afrique
  3. L’action et l’aide humanitaires en Afrique

[1] Héraclite (philosophe grec du IVème siècle av J.C) disait déjà en son temps que le réel est fait de la lutte des contraires : Paix/guerre, amour/haine, bonté/méchanceté, jour/nuit ; vie/mort, jeunesse/vieillesse, lumière/ténèbres, etc…Cf. Fragments 51.59.62.

[2] Cf. – La Résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies du 08 décembre 1988 (43/131) sur « L’ingérence humanitaire » in- «  Justice internationale et promotion des nations » Actes des Neuvièmes Journées philosophiques du Philosophat Saint Augustin, du 19 au 21 Décembre 2005. En tout état de cause, l’assistance humanitaire serait conçue comme un acte de type empathique, car l’homme ne serait ni « un loup pour l’homme » (T. Hobbes), ni « un enfer pour l’autre » (J. P Sartre), mais plutôt « l’Autre moi-même » (E. Levinas).

– P. BIYOYA Makutu, « Droit d’ingérence humanitaire et promotion des nations » in Actes des Neuvièmes Journées philosophiques du Philosophat Saint Augustin, du 19 au 21 Décembre 2005, p.132

[3] H. EDONGO Menge, L’Afrique dans la marche de l’action humanitaire, Présence Africaine Editions, Paris, 2015, 198 p.